mercredi 10 février 2016

Le Terroriste, l'Autre et le Fou





Une chose me plaît (si) dans le traitement du terrorisme par les médias (mais si) c'est que j'ai entendu à plusieurs reprises que "les terroristes" n'étaient pas "fous".

Sans dec'.

J'avais écrit un petit billet en Novembre et, égoïstement peut-être, j'avais peur alors du retentissement de ce drame au niveau psychophobie, où nous, fous, ne sommes déjà pas bien gâté.e.s (durcissement des mesures de contention en intra hospitalier, étiolement de l'extra hospitalier, psychophobie ordinaire encore et toujours, difficultés d'accès à bien des droits et services, tmtc)

"Ce sont des fous" entend-on souvent, dans bien des drames et des actes affreux perpétrés par des êtres humains. Affreux et spectaculaires, ou spécialement mis en lumière. Stupéfaction. Sidération. Sentiment particulier de ce dégoût, de ce poil qui se hérisse, besoin d'exclure lae fautifve de la société, de la vie, de l'Humanité.

Alors "Iel doit être fou"

Je parle souvent de ce raccourci : fou = non humain. Fou = tellement étrange, tellement inquiétant d'étrangeté qu'iel n'est pas humain.e, certainement "pas comme nous". Parce que je ne lae comprend pas, je ne lae reconnaît pas comme des mien.ne.s.

Je peux ergoter aussi sur le "normal" qui a besoin du "différent" pour se définir et se conforter. Qu'est-ce qui est normal ? Difficile de répondre. Mais si je peux dire : le fou n'est pas normal, le meurtrier n'est pas normal, le punk n'est pas normal, lae jeune est normalement anormal.e, etc... je peux me définir comme bien dans les clous.


Ouf.

Qui est "le" Terroriste alors ? Je n'en sais rien, je ne le connais pas, je regarde et j'entends des tas de spécialistes en parler, des théoriciens, des gens sur le terrain qui "réhabilitent" des jeunes "radicalisé.e.s". Beaucoup d'avis, beaucoup de point de vue, pour une question trop simple pour qu'on puisse y répondre exhaustivement, je crois. Je me pose pour ma part la question "A qui profite le crime ?", la question semble moins faire vendre, de vente pourtant il en est question, qui fournit les armes, qui paye, qui endoctrine, qui envoie mourir et faire mourir et dans quel but. Pour moi les terroristes sont des soldats, je n'ai jamais bien bien compris le principe du truc hein. Des soldats qui utilisent la méthode du terrorisme, dans leur pays (car ils sont chez eux), ils mènent une guerre civile. On pourrait se demander pourquoi de jeunes gen.te.s de tous pays s'engagent à 18 ans pour aller mourir et faire mourir ici et ailleurs (c'est quand même le but) (on est quand même en guerre, en France, depuis 1939, sauf que ce n'est pas souvent sur notre territoire), nous on dit gentiment "pour défendre leur pays" mais au fond... Moi je n'en sais rien, c'est une étrange idée.


Jusqu'à mes 30 ans environ j'étais fascinée par les crimes étranges perpétrés par des serial killers. Je lisais des thrillers, des essais de criminologie... J'essayais de comprendre "cette" folie. Cette folie est exceptionnelle, les méchants, les fous-dangereux-qui-devraient-finir-à-Belle-Reve, sont nous toustes. Fous les hommes qui tuent, à raison d'un meurtre tous les 3 jours, leur compagne ? Fou la personne qui débite son patron en rondelles sur un désaccord enkysté ? Fou lae soldat.e qui sur ordre balance une bombe sur un hôpital MSF ou une école ?

Les êtres humains sont étranges, les comportements pas toujours prévisibles.

Peut-être que de grands mouvements se dessinent, concernant les jeunes embrigadés. Embrigadés par qui et pourquoi ? Pas fous, non, ni elles ni eux. Les fous sont réformés P4




mardi 9 février 2016

Psychiatrisation psychologisation à outrance



Voilà un travers que j'ai longtemps eu, les interprétations sauvages de faits, gestes, mots, comportements de mes proches ou moins proches. Les lapsus, les actes manqués, les "dénis" (quand on commence hors contexte pro à employé le "iel est dans le *" ça part mal), les forclusions, j'en passe (cocher tous les mécanismes de défense répertoriés), sans parler de ce qui est connu comme pathologie psychiatrique, de structure de personnalité, c'est festival.

Je m'en suis plus ou moins dépouillée, cela m'a fait du bien de me peler de ce "bagage" me concernant (s'envisager avec moins de filtre, nuancer, se redécouvrir avec fraîcheur) et je me rends compte, depuis une année, que cela est bénéfique pour moi et autrui d'envisager les autres avec simplicité et ouverture.

Le terme "psychosomatique" m'a décollé la pulpe le premier, voilà longtemps. Que je pense de moi-même, que quelqu'un pense d'iel-même qu'un symptôme organique est une manifestation de problème psychique, très bien. Sinon, on n'a avancé ni dans le psycho ni dans le somatique. Mal de dos plein le dos, cystite "besoin de marquer sa place" (oui, réellement entendu à mon propos), j'en passe...

J'ai tellement envie de dire "foutez la paix à mon inconscient". Si je suis "dans le déni" me le dire ne m'avancera pas, je vous l'assure. Si je suis "dans le déni" il y a une bonne raison à ça. Si je dis "à très bite" en lieu et place de "à très vite", je pensais peut-être à une bite, ma langue a peut-être fourché, ça peut être rigolo, gênant en situation officielle, mais pas plus. Si je casse un verre c'est que je manipule mal et brutalement les objets, je n'ai pas le désir inconscient de briser quoi que ce soit entre nous. ET même si c'était le cas, si ça peut se régler en brisant un simple verre, n'est-ce pas très bien ?

Bien sûr je passe sur tous les diagnostics et refus de mon diagnostic de la part de gens bienveillants. Sérieux, l'enfer est pavé de bonne volonté : tu es parano, tu es perverse, tu es... Tu n'es certainement pas schizophrène, j'en connais ielles sont pas comme toi (scoop, les gen.te.s sont toustes différent.e.s)

Je suis agacée dans l'écrit mais je m'admoneste moi-même de la même façon, psychologiser autrui c'est être, bien souvent, dans une forme de jugement, de jugement pernicieux car c'est un jugement qui porte sur les différences psychiques, neurobio, où la frontière est toujours fine et poreuse entre "tu te fais du mal en étant dans le déni" et "c'est mal d'être dans le déni" avec un fort soupçon de "mais tu vas te rendre compte que tu es en dépression caractérisée nom de dieu ?!".

J'en appelle à moi-même , à rester simple, ouverte, à essayer d'accueillir l'autre (ou pas trop ou moins) sans ces filtres qui sont mes protections à moi contre le malaise lié à l'altérité. Sans fascination pour le "bizarre", le "différent", le "folklorique", mais sans crainte et défense de cet ordre. C'est un travail délicat, pour moi, de me défaire de cette tenue, mais je n'avance pas toute nue. Sans doute, j'évite certaines personnes, par flip. Je n'ai pas vocation à être tendre avec tout le monde, et personne ne me le demande d'ailleurs. Et me défaire de cela me demande de me défaire des transpositions sauvages, raisonnements bancals et comparaisons tout aussi bancales...


mardi 2 février 2016

Soignante soignée 3/3 - Hôpital

Je suis donc également malade, soignée. Ma première hospitalisation à 22 ans a été une catastrophe, j'ai été très durement maltraitée : outre la privation de liberté (chambre fermée où l'on m'avait enlevé jusqu'au matelas et pyjama), j'ai subi (oui, subi) un traitement extrêmement lourd, recousue sans anesthésie très souvent (sans qu'en parallèle rien ne soit mis en place pour sécuriser les poubelles de salle de bain, blindées de lames de rasoir). La violence montait des deux côtés, j'ai fait un déficit de potassium très sévère (qui aurait du me mener en réa m'a dit un ami médecin) qui n'a jamais été corrigé d'aucune façon que ce soit. J'ai été placée en HDT illégale (le tiers était le directeur de l'hôpital qui ne m'avait jamais vue de sa vie, que je n'ai jamais vu), bref, grande violence.
Qu'en pensais-je ? Que j'étais insupportable à me scarifier, qu'iels en venaient à être forcé.e.s de me contenir, que je devais faire des efforts.
Je n'ai jamais été violente envers le personnel ou les autres usager.e.s. C'était ainsi. A mon entretien de sortie, alors que j'étais zombifiée (une telle dose de neuroleptique que même ma peau était sèche, pas seulement la bouche, au point que tenir un stylo m'était impossible, il glissait) la médecin chef de service m'a demandé ce que je pensais de mon séjour en chambre forte
" Ca devait être nécessaire, pour me protéger
- Vous avez surtout constaté que vous pouviez y survivre. Nous, nous n'en étions pas sûr"

OKLM

J'étais suivie par une psychiatre, psychanalyste, qui a drastiquement réduit le traitement à ma sortie.


ET la fois où j'ai à nouveau décompensé, consciente d'avoir besoin de me poser, sécuriser, adapter le traitement, j'ai demandé à y retourner. Ce sont euxlles qui m'ont refusée, car ingérable. Ce terrible crime de se lamer quand on va mal, qui motive un refus de soins. Je reviendrai quand je serai guérie les gars, je vais pas vous déranger au travail.

Cela m'a conduit à un autre HP qui m'a mieux convenu, malgré le vécu carcéral que j'ai le plus souvent eu, pas de sortie du service, fouille en règle (pardon, "inventaire")(qui n'est pas réalisé à la sortie donc à quoi bon) et promiscuité (chambres de trois lits, deux salles de bains communes pour une vingtaine d'usager.e.s). Ce fut la rencontre avec le Dr JMB que j'estime, qui m'a beaucoup aidée, et dont j'estime lui devoir la vie, physique et psychique.


Infirmière, est-ce particulier quand on est "de l'autre côté" (pas de la barrière, de la porte du bureau, tmtc) ? On m'a souvent asséné que je devais comprendre "vous qui êtes infirmière". Que je devais comprendre non seulement le comportement d'autres usager.e.s (vols, harcèlement sexuel, violence verbale) mais aussi me comprendre parfaitement moi-même.

Allô ?

Quand je demandai au Dr JMB pourquoi cette idée étrange de porter un enfant mort me transperçais le cerveau, : "Vous devez savoir vous qui connaissez la psy".

Donc je suis censée, en tant qu'infirmière exerçant en psy, pouvoir m'analyser toute seule. Autant rester chez moi alors non ? Non, car j'ai besoin "d'être contenue, protégée" et que je ne me rends "pas compte de [mon] état". ET puis, on me parle de mes grands paradoxes psychotiques.

Pour la petite story, il m'a tout de même dit que symboliquement cela devait être "un secret".

Il me fallait aussi comprendre le fonctionnement de l'équipe, puisqu'exerçant le même métier qu'elleux. Et je comprenais ! Je ne les dérangeais pas dans le bureau, sauf urgence, je rongeais mon frein sans couiner quand il y avait un retard, je, je...
J'ai surtout compris des trucs sur ma pratique. Avoir "besoin de parler entre infirmier.e.s pour se décharger des angoisses liées à la pratique" (voire "au contact avec les psychotiques") certes. Mais y'a quand même des réunions, dans transmissions, pour cela. Rester beaucoup dans le bureau pour se protéger, ça ne protège pas les usager.e.s. C'est durant ces temps que se produisent les vols, les problèmes interpersonnels... que se produit l'ennui terrible, l'angoisse, de se sentir lancé.e seul.e dans l'univers. J'ai entendu aussi "il faut que les psychotiques se confrontent au vide" ou "c'est bien de se confronter au vide, ça structure". N'empêche que l'ennui, c'est une forme de torture, je pèse mes mots. Trop médiqué.e ou n'ayant pas le goût à lire, ou sans livre, sans activité occupationnelle quand les soignants sont dans le bureau, souvent sans grand monde à qui parler, surtout au début, parfois les chambrezs fermées deux heures le matin et dans l'après midi, et stop romantisation, les gen.te.s y sont malades mais moi aussi je l'étais et être sollicitée vingt fois en une heure par la même personne pour une clope... relou, sans et avec tout cela, que faire ? Réfléchir à soi ? Ca devrait m'être facile car je suis infirmière ? Je reprends un mot dun cadre infirmier qui avait donné cours à l'IFSI, qui nous enjoignait d'aller vers les patients "même s'il est plus facile de parler des fous que de parler aux fous".

Autre truc, "l'oralité des psychotiques". Neuroleptiques + ennui = faim tout le temps, repas seule activité de la journée.

Et dans tout les cas, le contrôle du discours quoi. Pas seulement en entretien. N'engueulez-ons plus les gens à tout propos. Je conçois, je l'ai vécu comme infirmière et encore plus comme patiente (= h24 dans le service, ne l'oubliez pas) ces mêmes personnes qui réclament la clope, demandent des trucs tout le temps "au bureau" ils vous les brisent mais parfois la soufflante tombe sur le suivant qui toque. Ça aussi je l'ai vécu. J'ai évidemment pas de solution "miracle", ni tout court, pour ces gen.te.s qu'on dit "chroniques", qui vivent à l'hôpital, ont des troubles sévères dont des troubles du comportement. Iels sont répétitifs. Iels sont "chiants", si on veut. Au moins contrôlons-ez la mauvaise humeur et l'agacement (en plus ça n'a aucun effet sur ces usager.e.s de parler fort, de râler, etc)(et peut-être aussi qu'iels sont tout le temps vers le bureau car pas assez au contact des soignant.E.s)

Donc j'apprenais pour mon exercice, "on" me renvoyait à ma profession, je ne parle là que ds choses qui m'ont heurtée, et à savoir que cet HP a été reconstruit et que ma dernière hospit était dans des conditions merveilleuses et idéales de liberté de circulation (rappelez vous que tout patient en HL a le droit à la circulation, le "contrat de soin" n'est pas réellement un contrat, dans le sens où c'est "comme ça sinon vtff" et surtout est peu explicité. Moi on m'a toujours dit "c'est toujours comme ça, c'est la période d'observation" pôint final), de soins, et plein de chouettes soignant.E.s avec des tas d'activités et la porte du bureau le plus souvent ouverte (ou les infirmier.e.s et aides-soignant.e.s avec nous).

Parmi mes collègues cela s'est su, j'étais assez transparente là-dessus et puis cela se voyait. Par contre j'ai toujours eu peur, terreur, que les hispitalisé.e.s soient au courant. Je craignais de leur faire du mal. De les confuser. Que la sacro sainte distance thérapeutique se brise>. Magic tip : un.E usager.e qui sait que vous avez vécu des choses similaires aux siennes ne sera pas terrorisé. Ni proche comme un pote. Un gars m'a dit un jour que j’étais parfois comme lui, donc j'étais légitime pour le respect du cadre, ayant vécu cela. C'est être en état de maladie au travail qui ne va pas alors, please, parlons à nos collègues. S'iels sont toxiques aussi. Ca ne va pas cette omerta sur un.e.tel.le qui fait ceci cela on le sait mais on dit rien. J'ai connu en tant qu'usager.e des soignant.e.s dangereux, celle qui m'a dit que si elle pouvait elle me ferait radier de la fonction publique et que j'étais alcoolique et psychotique et finirais ma vie en hôpital. Celui qui prédatait des patien.te.s avec qui il avait des relations à l'exterieur, et l'une revenant le voir déclarait partout d'elle souffrait d'un délire érotomane. J'ai travaillé avec des collègues dangereuxses. Je n'ai rien dit. J'ai été dangereuxse de par ma folie et mes addictions. On ne m'a rien dit. Parlez. J'aurais préféré qu'on m'arrête avant le gros dossier et le craquage, avant d'avoir pu inquiéter les usager.e.s placé.e.s sous ma responsabilité. C'est protéger les personnes malades et souvent fragilisées. C'est être clair et cohérent. Et dans le cas des "collegues fous", c'est aussi leur rendre service, je suis sérieuse.

Pareil, à ma dernière hospit, j'ai trouvé tous les soignants très clairs, pro, bien. Celle d'avant aussi. Les choses se "régulent" c'est une très bonne chose.