samedi 7 avril 2018

"Ne vous dites pas psychotique"



Au gré de mes aventures médicales et para médicale, au gré de mes rencontres IRL comme IVL avec d'autres psycho ou neuroatypiques j'ai vu revenir une idée fermement ancrée chez certain-e-s soignant-e-s on va dire old school (comprendre d'obédience psychanalytique) : il ne faut pas connaitre son propre diagnostic sous peine de s'y identifier (là j'ai envie de dire "et alors, touche à ton cul) et donc devenir sa maladie et persister dans ses symptômes (là j'ai plutôt envie de dire "et alors ? Touche à ton cul" ah pardon c'est la même)

Bon déjà il n'y a que dans la tête des psy* psychophobes qu'on n'est qu'une maladie, qu'on le sache ou non. Parce que perso et je suis loin d'être la seule, je suis une foultitude de choses DONT une personne psychotique.

Ensuite il est très douloureux et angoissant de ne pas savoir ce dont on souffre ou comment ni pourquoi on fonctionne différemment d'une certaine norme. Le mot "psychotique" (pas plus que le mot "borderline" ou le mot "autiste" ou "dyscalculique") n'est pas une baguette magique néfaste qui nous fait devenir ce qu'il nomme. Avoir "le bon" (et ça peut évoluer, tmtc) diagnostic c'est comme avoir 18 ans : ça ouvre des perspectives mais ça ne change pas la personne qu'on était à 17 ans et 344 jours.

Enfin ne pas donner de diagnostic, refuser qu'on se fasse diagnostiquer par un service, un centre, un-e expert-e soit disant pour nous protéger nous empêche de faire nos propres recherches, de dialoguer avec des gen-te-s ayant une pathologie ou une neuroatypie similaire, nous prive de l’auto-support. C'est donc aussi un acte politique que de nous le taire, qui nous empêche de nous autonomiser et de nous auto suffire en terme de soutien et d'auto soins.

"Big up" à celleux dans l'errance diagnostique, et courage à toustes

samedi 3 mars 2018

"Ca fait pas propre sur l'ordonnance"






"Ça fait pas propre sur l'ordonnance", voilà ce que le psychiatre du CMP m'a dit en considérant mon traitement. Il parlait du fait que j'ai à la fois du Risperdal retard en injectable et du Risperdal per os le soir. Ça ne semble pas logique, en effet, la forme retard étant censée nous épargner de prendre des comprimés. Mais comme je prends d'autres molécules en cachet, ça ne me gêne pas... et il y a une raison à ce truc "extravagant" c'est que la dose maximal de Risperdal Constat ne suffisait pas et que deux injection seraient beaucoup trop.

Je suis très attachée à mon traitement chimique, qu'on a mis 15 ans à mettre au point avec mon ancien psychiatre. Et la phrase "ça fait pas propre" je l'avais entendue dans la bouche du psychiatre d'un centre de cure alcoolique qui m'avait enlevé tout mon Tercian, ce qui avait provoqué une décompensation catatonique.


Je n'étais donc pas masse rassurée. Ce billet a pour objectif de démontrer les enchainements malheureux d'un changement de traitement lorsque lae prescripteur-trice modifie des molécules sans écoute l'usager-e-s.


Le Dr A m'a dit de couper en deux mon Risperdal du soir. Et de lui dire 3 mois plus tard (rythme des RDV médicaux) comment ça se passait.

En vrai je me suis sentie moins bien, notamment le matin. Je le lui ai dit au dernier RDV, mais énervé que mon ordonnance "ne fasse pas propre" il l'a supprimé totalement. Comme je manifestais mon inquiétude, il m'a demandé si j'avais déjà eu du Loxapac. Ma réponse "Oui, en chambre forte en piqûre" (un très mauvais souvenir de maltraitance institutionnelle) et me coupant la parole, il m'a signifié qu'il me remplaçait le Tercian par cette dernière molécule.

Je suis une "bonne patiente", presque patiente modèle, je fais ce qu'on me dit et je fais confiance (malgré 20 ans de psychiatrisation pas toujours heureuse) Le psychiatre modèle pour moi est celui qui me fait confiance aussi. Je comprends mal ce besoin de tripoter une prescription de longue date et qui fonctionne bien, alors que je suis fragilisée (mon papa est décédé voilà trois mois) et que je ne me plains de rien. Cependant j'ai remaqrué plusieurs fois des changements de molécule ou l'introduction de molécule wtf, surtout quand j'étais hospitalisée, ce qui m'évoque une espèce de treatment party genre "on l'a sous la main on peut surveiller on va essayer des trucs inédits". En plus j'ai relativement  souvent entendu de la bouche des psy le "vous étiez convaincue que ça allait mal se passer alors ça s'est mal passé" quand ça se passe mal. L'argument des tenants de l'homéopathie quoi "faut y croire sinon ça marche pas". Génial.

Donc là avec le Loxapac, ça s'est mal passé.
Dysarthries, contractures, des mâchoires et du dos. L'introduction de Lepticur n'a rien donné de positif sur ça.
État anxieux et de déréalisation quasi constants.
Bouche sèche qui m'a causé une pelade des lèvres et je sentais venir la perlèche...
Reprise de davantage d'alcool, états d'ébriété modérés.
Explosion de ma potomanie avec 6 litres de Coca light bus par jour. L'alcool et le Coca m'ont causé des brûlures épigastriques et des reflux oesophagiens, beaucoup de vomissements.
Mise en péril de mon sevrage tabagique.
États d'angoisse extrême durant de 9h à 21h.


L'être aimé était très inquiet lui aussi. Sur la cinquieme journée de douleur morale niveau 9 sur l'échelle de la douleur (qui en compte 10), j'ai appelé mon amie Mandarine qui m'a conseillé de foutre le Loxapac à la poubelle et reprendre mon Tercian. Ce que j'ai fait. Bien entourée par les paramédicaux du CMP j'ai eu une ordonnance... Je vois le Dr A le 8 (il va m'entendre)

Le mieux être et même bien être a été quasi immédiat. Le Loxapac ne me convient pas. Tout le monde (infirmière, médecienne addicto, conjoint, ami-e-s) se demande mais pourquoi ce changement de traitement ? Réponse "ça fait pas propre"

Une prescription n'a pas besoin d'être propre. Une prescription n'a pas vocation a être totalement cohérente avec les bouquins. Une prescription a à convenir à l'usager-e et à améliorer la symptomatologie. Et, truc qu'on entend souvent "Faut corriger ça sinon iel va se mettre en rupture de traitement". Non, faut corriger ça car l'usager-e en souffre ou va en souffrir.

Le Dr A est tranquille dans son bureau, à peine agacé par un traitement qui semble faire doublon. Moi j'ai galéré et souffert 24/7, c'est de ma vie qu'il s'agit, c'est de mon psychisme, de mon corps qu'il s'agit. Ce n'est pas de la rétivité que d'exprimer mes inquiétudes et mes ressentis.


Je demande moins d'égo et plus d'attention. Surtout quand le prescripteur me voit 15mn tous les trois mois.

lundi 4 décembre 2017

Psychosomatique, mon cul

Alors je suis en deuil actuellement. J'ai enterré mon papa il y a un moins d'un mois, et nous avions une relation fusionnelle. Je vis ma douleur dans mon corps.

Mais revenons aux prémisses de vivre sa douleur dans son corps, sous le prisme d'une "malade désignée".
Enfant j'étais très dépressive. J'avais plein de maladies de peau chelou. Nous savons, nous féministes, que les enfants sont la catégorie sociale la plus maltraitée. C'est passé à l'as. Je criais ma souffrance dans ma peau : eczémas chelous atypiques, prurits de la tête avec croûtes, trucs bizarres : elle met mal sa crème/se lave mal. Et tant pis si le dermatologue a dit "elle est nerveuse ce sont des lésiopns de grattage" tout pour pas passer par les psy pour enfants et le stigmate.
Quand j'ai été ado, ma soeur plus agée faisait des études de psycho. Elle a importé le terme "psychosomatique". Ca a été la fête. La toux, les sifflements dans les poumons, les douleurs, les odontalgies, la fatigue chronique et aigue, c'est psychomatique.
Funfact : le dire n'améliore ni le psycho, ni le somatique. On est jsuet ensuite souffrant, en ayant l'impression qu'onb cherche la merde. Donc allez crever apôtres de la psychosomat'.
Depuis sans doute mon adolescneceje souffre d'asthme, ce "cri d'amour qui s'étouffe" (lol). Quasi jamais traité parce que c'est "dans la tête". Alors non, c'est dans les bronches (et le systeme immunitaire) et ça se soigne très bien. Avec inhalateur aujourd'hui ça se tempère.

A l'âge de 22 ans youpi je suis en HP. Où je suis sévèrement maltraitée, pour des prolemes wtf (suttures sans anesthésie, camisole chimiquequi me fait baver, chambre d'isolement avec juste un slip et deux couverture) mais la messe est dite : je suis folle.

Pour le corps médical dorénavan, tout ce qui sortira des clous comme symptome sera psychosomatique. Tchin tchin mon asthme. Les caries et les dents qui a force tombent (effet des neuroleptiques aussi mais çaon s'en fout), l'hypertension, l'arythmie.
Et en fait face à un nouveau medecin il suffit de dire "oui j'ai un traitement, je prends tercian et risperdal" pour qu'il referme son Vidal et vous conseille de faire de la méditation/yoga/sport.

Je parle aussi ici des mes ami-es qui ont souffert de sous diagnostics car Pa/Na : mon ami-e sam, qui souffre du SED et a du entendre pendant 18 ans que c'est 'langoisse, les ami-es qui ont la fibro etc.


Dans toute ma carrière, hormis l'enfance, j'ai eu une seule maladie psychosomatique, liée au stress (et non à ma patho, mais aux horaires et rythme de ouf) : la proctalgie fugace. C'est un spasme du rectum sous trop de stress. C'est à dfire en gros avoir mal au cul (mais fort) quand on est trop sollicité.


Alors je suis en deuil actuellement, j'ai enterré mon petit papa chéri et je vis mon deuil dans mon corps. Mais pas par des maladies "psychosomatiques". Par mes troubles récurrents qui viennent quand je suis fatiguée (hemorroides, mycose, herpès), par des hallus tactiles (faux prurit) enchainant des troubles comportementaux (je m'arrache la peau de la gueule), des phénomènes hallucinatoires cénesthésiques (boyaux qui se tordent, cerveau qui vibre, vertiges).


Tout reste dans le cadre de la douleur qui s'exprime chez une schizo, ou chez une personne lambda choquée.

Moi maintenant quand j'entends le mot psychosomtaique je sors ma boite de codoliprane.

lundi 27 novembre 2017

Le NTsplaining déni de folie



Pour les celleuxsses qui ne comprendraient pas le titre : NT : neurotypique, plus largement psychotypique, non fou-folle quoi.
Splaining : au départ mansplaining ou mecsplication, utilisé dans la lutte féministe pour décrire les hommes cis reprenant des concerné-e-s pour leur expliquer ce qu'est le féminisme, ou leur domaine de compétence, ou la vie, alors qu'OSEF.


Aujourd'hui Eric m'a appelée. Ce pote connu en cure de réhab alcool n'a jamais voulu croire que je suis folle, que j'ai des troubles psy, que je suis schizophrène.
Il pense que les psychiatres me manipulent, qu'il "connait des schizos et ils sont pas comme toi" et aussi que je me crée des problèmes juste pour de petits moments d'humeur.
Aujourd'hui, en mode je suis le noyau de l'univers, il m'a carrément sorti "Je ne comprends pas pourquoi tu dis que tu as des troubles psy vu que t'en as jamais eu avec moi"


Donc pour tous les Eric de la planète :
- Les psychiatres savent mieux que toi, et surtout moi, première concernée, je sais mieux que toi.
- Je ne me cherche ni des problèmes ni une originalité. Quand tu as des troubles stigmatisants, et que parfois tu en souffres, tu ne te penses pas le centre du monde
- Je n'ai pas en permanence des symptômes visibles de ma schizophrénie. Ce que tu ne vois pas peut exister
- Tu es psychophobe : tu penses que je ne suis pas schizo car tu me trouves sympa et sensée. Spoiler alerte : nous pouvons être sympas et sensé-e-s. La schizophrénie n'impacte pas les compétences cognitives, les fous-folles peuvent être sympas, méchant-e-s, et tout le panel entre. Nous sommes des gen-te-s, des êtres humains.
- Tu nies mes ressentis, ma vie passée sans toi, mes problèmes ou pas et la façon dont je me perçois. Plus grave tu m'incites à me passer de mes traitements. Tu es dangereux et blessant.
- The last but not the least : va te faire cuire le cul.


A la bonne vôtre :)

mardi 5 septembre 2017

Amour, fusion, dépendance et troubles






"On" dit que la fusion c'est le mal, que ça n'existe qu'avec sa maman durant les 9 premiers mois de vie, qu'après le papa fait tiers et sépare, et que si on tente de fusionner à nouveau par après c'est PATHOLOGIQUE.

C'est ce que j'ai appris de ma soeur étudiante en psycho, des livres de psychanalyse que je lisais ado, de mes maigres cours de psy à l'école d'infirmière, de la bouche des psychiatres avec qui j'ai travaillé, et plus globalement qui m'ont "soignée".

Visiblement la recherche de fusion va avec la psychose, grosso merdo parce qu'on n'est pas fini-e-s, qu'on n'a pas de dedans et de dehors et qu'on emmerde les normalement nevrotiques et les soignant-e-s avec notre supposée avidité.

Bon. Mais moi je fusionne. Je vis une relation plutôt fusionnelle avec mon père, et une relation fusionnelle avec mon compagnon (mon amour donc)

Faut dire, oui, je suis dépendante, affectivement. Je me sens pas aliénée avec mon amoureux, je me sens complète, un sentiment de complétude que je n'avais jamais vécu auparavant. Il est mon étai, je suis le sien d'une autre manière. On ne s'engueule jamais, on ne fait pas tous ces trucs passionnels destructeurs qu'on voit dans les films et dans la tête des psy rigides.

En fait quand c'est consensuel la relation fusionnelle c'est très reposant.

Mais pour bien des soignant-e-s (pas les mien-ne-s actuellement je précise) c'est la mort, c'est vouloir retourner dans le ventre de maman pour y pourrir, c'est l'horreur, c'est mal. Il ne faut pas. Je ne sais pas faire autrement ? Peut-être, quasiment constitutionnellement, je ne peux pas ? C'est pas grave il faut pas, c'est pas normal, c'est pathologique. Iels ont une vraie obsession avec ça, iels pathologisent notre façon d'aimer. Comme s'il existait un mode d'emploi universel de la fucking Relation Saine.


Seulement ma tête elle est moyen saine, mon coeur lui obéit. Oui j'ai des troubles et je préfère les accompagner et vivre avec que de lutter contre et rester malheureuse toute ma vie, mais "normalisée" ce qui ferait surtout plaisir aux normauxles
C'est comme cette histoire de "se confronter au vide" qui nous serait absolument nécessaire à nous psychotiques. Se faire chier avec zero activité des heures durant, voilà ce qui serait bon pour notre hygiène mentale.

Oui j'appelle mon père trois fois par jour, oui je dépéris trop longtemps éloignée de mon Amour, oui je suis dépendante, oui je suis psychotique et malade bien que pas en état de maladie (pas en crise) ET ALORS.

Ça peut être envisagé comme une manière de vivre sa vie, pas comme un fonctionnement malsain. Et puis c'est paradoxal de dire "vous êtes psychotique donc vous ferez les choses contrairement à votre personnalité psychotique". Vouloir de toutes les personnes, psychotiques ou non d'ailleurs, qu'elles se conforment à un certain type de relations amoureuses ou familiale sous couvert de théorie largement psychanalytique c'est de la psychophobie, de l'intrusion, de l'irrespect et de la violence.

dimanche 13 août 2017

Addiction et caca

En tant qu'alcoolique je me suis ramassé la crème de la discrimination dans la gueule (et le reste du corps). Je ne sais même pas si les addictions se classent vraiment dans les troubles psychiques, ou neuro, ou comportementaux, sans doute les trois. Mais l'alcoolisme a pas vraiment bonne presse, surtout chez une femme (une femme qui boit houlala c'est vilain, sauf quand il s'agit de la violer où là c'est fort commode) Et mon alcoolisme fut trash, à acheter la bouteille d'alcool fort à paqs cher le matin, tmtc les regards des hotesses de caisse, des autres client-e-s, de soi dans sa tête.


Mais l'alcool m'a aussi fait faire bien de la merde. Je ne parle pas simplement de me ridiculiser en ayant bu, me vomir dessus/sur d'autres gen-te-s, me mettre en danger. Je ne parle même pas "seulement" d'avoir mis la vie d'autrui en danger en roulant bourrée, d'avoir blessé des gen-te-s en les engueulant bourrée, d'avoir été lourde sexuellement auprès de gen-te-s (aka le consentement c'est pas fait pour les grouik) : l'alcool rend drôlement con. Et dangereuxse.


Un des problèmes quand on est addict et l'alcool fait pas exception c'est quand il n'y en a plus. Et qu'on en veut, et qu'on ne peut pas tellement ne pas en boire. Soit parce que syndrome de manque physique, soit parce que craving (appel physique à boire venant de notre propre cerveau), soit parce que envie immense, et je parle d'un truc violent comme d'être séparé-e de son premier amour fou à l'âge de treize ans.
Moi dans ces moments là on croirait que je me clive, comme si une partie de moi était fort raisonnable et disait "ça te fera les pattes, il suffit d'en chier quelques jours/d'aller aux urgences mendier du valium" et une autre partie élaborait des stratégies des plus indécentes pour boire. Ca peut être voler 20€ dans le sac à main de maman (pardon maman)(parce que le probleme est parfois l'argent), ça peut être inventer des pipeaux pour se faire prêter de l'argent/offrir un verre. Et dernièrement ça a été la faire à l'envers à mon conjoint pour boire. Parce qu'il est mon compagnon, m'aime, et de ce fait ne supporte pas de me voir m'enquiller une bouteille de vodka en attaquant à 9h am. Donc boire en cachette. C'est "marrant" parce que ça me gênait moins de camoufler à mes vieux quand je vivais seule. Après tout je voyais ça comme ma petite manie, ma petite addiction que je me gère (étonnant comme on a toujours ou presque l'impression de bien gérer ses addictions) et beaucoup quelque chose que je fais seule (parce que marre de me faire violer dans les bars) et qui est à moi mon mien mon précieux rien ne nous sépareraaaaaa.
Alors c'est moche, c'est un peu babasse parce que bon, une bouteille de vodka derrière la cravate ça se voit, s'entend, se sent. Il y a un mécanisme au-deça de la raison et un truc impérieux à la "yolo, je vais me miner puis on verra bien après"

Seulement j'ai décidé que c'était ma responsabilité et d'arrêter de couiner que je suis addict et c'est pas moi c'est la bouteille. Parce que comme dit Lou Lubie dans Goupil ou Face "on ne choisit pas ce que l'on ressent mais on peut choisir ce que l'on fait" Alors certes parfois c'est vachement plus dur qu'à d'autres moments pour d'autres choses.  Mais je choisis.
Pour le point, après des entretiens avec une médecienne alcoologue très forte et écoutante, discussion avec mon aimé et moi-même j'ai décidé de tenter la conso raisonnable.
Sortir du secret.
Sortir de la "double vie" du double moi, de faire du caca avec du caca parce que je m'imagine que ceci, que cela, que pas grave, qu'incurable, que laissezmoitranquilleseuleavecmonproduit.
Je choisis d'être une femme adulte face à une difficulté, je choisis de gérer en fait. Ca marchera peut-être pas, je ferai ce qu'il faut pour.

Je me suis parfois posée la question de ma responsabilité, pour mes épisodes délirants et ce que j'en ai fait, pour mes comportements sous et sans alcool aussi. Je crois que c'est bien de prendre la responsabilité. A mon propre tribunal de dedans ma tête y'aura peut-être des circonstances atténuantes mais pas de vrai non lieu.Auto bienveillante mais prendre les rênes de ma vie. Agir ma vie et dans ma vie. Donc agir l'alcool, pas être agie par icelui.

jeudi 13 juillet 2017

Entrée dans la psychose

Alors j'ai lu le bouquin "Le fou et le mouvement du monde" d'Henri Grivois qui est psychiatre si j'ai tout bien compris. Il y parle de l'entrée dans la folie et du sentiment de concernement, moment clé selon lui où tout peut basculer ou pas vers ces terres étranges que constitue la psychose.

Alors de voix de concernée je veux parler et narrer mon expérience d'entrée dans la psychose à l'adolescence, et de ce long moment (un an peut-être) sans hallus, sans delire, sans symptôme productif ou symptomes construits, dans l'incomprehension et l'étrangeté.
Je ne me rappelle plus mon âge mais j'étais lycéenne, pas encore étudiante infirmière. Donc j'ai 17 ans ou moins. Moins, sans aucun doute, car je me souviens de mon été post bac comme d'un été lumineux où j'ai profité à fond, une parenthèse avant "la vraie vie des gens qui travaillent".
Je me souviens de moments où je errais "en ville" sans comprendre rien à rien. De ce sentiment d'inquiétante étrangeté concernant le monde  entier : j'avais perdu tous les codes. Impossible de savoir, à l'époque certainement pas, je ne mentalisais pas je vivais, j'expérimentais, et impossible à savoir non plus maintenant si l'angoisse massive précédait ces états où en découlait. Deux ados qui se tiennent la main ? Indéchiffrable, la jeune fille est assez grande pour traverser la route seule. Le sgen-te-s ne me voient pas, je suis comme dans une bulle et observe la population et le monde depuis un état au-delà ou en-deça (et tiens Grivois ton sentiment de concernement.
Croiser des potes ? Je ne sais plus leur parler, je ne sais plus que dire, que faire, comment. Je bafouille les mots sus par coeur et qui ont perdu toute moëlle, tout intérêt, tout sens "salut-ça-va? Moi-ça-va"
Les potes me disent alors "ça a pas l'air d'aller" et en effet ça ne va pas. Je parle d'outre tombe, d'outre monde, d'un espace et d'un temps modifiés où je demeure seule.
Je m'habille étrangement, pas atypiquement, pas comme un perroquet d'amazonie ou un déguisement : un jean trop court trop petit, un pull mal accordé qui fait bizarre, des chaussures qui sonnent étranges. Je m'en rends compte le matin mais je-ne-trouve-rien-d'autre tant mon champ de conscience et d'observation est altéré. Je vois comme par le petit bout de la lorgnette, je m'habille car je sais sans le comprendre vraiment qu'il le faut, avec ce que je trouve à tâtons dans l'armoire ou sur le sol. Alors on me trouve bizarre, je le sais sans le savoir. De ces experiences répétées, par phases de deux trois jours de temps en temps, je garde la capacité de reconnaitre un schizophrene dans cet état de visu, par le "truc qui cloche" dans la vêture : ça parait "normal" mais il existe un décalage, tout le flot de ce qui est évident et logique quand on s'habille est faussé.
Pa sde délire, pas d'hallus donc, du flou. Du flou et un jeu de miroirs déformants, de lunettes déformantes. Une angoisse sourde mais plombante, qui tord le coeur, et toujours cette question aujourd'hui : l'angoisse terrifiante tord elle les choses ou l'inquiétante étrangeté angoisse-t-elle ?
Un jour, le lendemain, le surlendemain, je suis "revenue". De ces périodes aussi je garde l'habitude de dire d'un-e usager-e en fin de crise psychotique "iel est revenue" "iel est pas revenu-e tout à fait bien". Moi je sais qu'on part ailleurs. On est étranger-e à soi et au monde mais en soi. L'intérieur et l'exterieur se floutent, sont perturbés. Je reviens, donc, et je mets des vêtements "qui votn bien". Un jean random, un tee shirt qui ne cloche pas, des baskets adéquates. Je me souviens de ma mère "ah, ça a l'air d'aller mieux". Je maintiens, pas qu'à ma tête, pas qu'à mon regard redevenu net et mes gestes moins lents, à mes haits "comme il faut" littéralement.
Je suis revenue je suis fatiguée et j'ai l'impression quel'intérieur de mon crâne est ce vieux chausson confortable dans lequel il est bon et familier de se glisser. J'aurai la même sensation en retour d'acide. Ma tête en forme cette vieille copine. Ô moi-moi-moi, ma psyché chérie. Mon moi intérieur.



Ces expériences se sont poursuivies pendant à peu près une année, parfois au lycée (on comprend celleux qui sont harcelé-e-s ou isolé-e-s du coup), parfois le we ou les vacances, dans la rue, parfois à la maison. Appel aux familles et ami-e-s, quand ma maman me demandait si ça allait, que ça avait pas l'air d'aller, que se passe-t-il, je répondais sincèrement "ça va, je ne sais pas". Mon enfance dépressive à dire "je ne sais pas" pour ma tristesse, une partie de mon adolescence à dire "je ne sais pas", la confusion. Je ne savais vraiment pas. Je ne cherchais même pas à savoir, je me questionnais peu, c'était juste comme ça. Je crois qu'alors je pensais que c'était dans l'ordre des choses et ainsi pour tout le monde, la vie quoi.

Ce n'est qu'après que son venus les troubles du comportement, puisaddictifs, puis délirants.

S'il vous plait, soyons gentils avec les jeunes psychotiques